Shakespeare en devenir - Les Cahiers de La Licorne - Université de Poitiers - Maison des Sciences de l'Homme et de la Société de Poitiers http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr Dans le prolongement de ses activités éditoriales, la revue La Licorne propose les Cahiers, des publications réalisées exclusivement sous forme électronique et libres d’accès. Il s’agit de Cahiers dévolus à un écrivain, à une problématique, ou à un corpus particulier. Les Cahiers Shakespeare en devenir ont ainsi pour vocation première de créer des liens signifiants entre l’époque de Shakespeare et la nôtre. Il s’agit de s’interroger sur ce que l’œuvre de Shakespeare est devenue au fil des siècles, au gré des cultures, et sur la manière dont elle continue d’évoluer aujourd’hui. fr Lodel 0.9 The Duchess of Malfi http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1208 Estelle RIVIER-ARNAUD Poster of the RSC productionHelen Maybanks © RSCEn cet été 2018, une majorité de tragédies sont programmées dans les théâtres de Stratford-upon-Avon, mais celle qui est de loin la plus sanguinaire est une pièce qui fut écrite par John Webster en 1612 (jouée pour la première fois en 1614), The Duchess of Malfi (traduite tantôt par La Duchesse d’Almafi, tantôt par La Duchesse de Malfi dans les éditions de langue française1). L’intrigue en quelques lignesL’histoire se déroule en Italie, à Almafi naturellement, mais aussi à Rome, à Loreto et à Milan. Les scènes ont principalement lieu en intérieur, dans les appartements privés de la Duchesse. Cette dernière, dont le prénom n’est jamais mentionné, est veuve, et ses frères, Ferdinand et le Cardinal, lui interdisent de se remarier. Ils entendent ainsi préserver la réputation de leur maison. Si la confrontation est brève dans l’économie de la pièce, sa force résonne dans l’œuvre toute entière. La parole y est incisive, et si les raisons de l’interdiction ne sont jamais clairement énoncées, on comprend aussitôt que les sentiments des frères pour leur sœur sont ambigus, peut-être même de nature incestueuse en ce qui concerne Ferdinand :Ferdinand You are my sister;[showing his dagger.] This was my father's poniard, do you              see? I'd be loath to see't look rusty, 'cause 'twas his. I would have you to give o'er these chargeable revels:A visor and a mask are whispering-rooms That were ne’er built for goodness. Fare ye well—An... 2018-12-03T00:00:00Z http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1208 Couverture http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1193 2018-09-26T00:00:00Z http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1193 Romeo and JulietRoyal Shakespeare Company http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1195 Isabelle Schwartz-Gastine Metteur en scène : Erica Whyman (directrice de The Other Place, directrice adjointe de la RSC)Scénographie : Tom Piper, lumières : Charles Balfour, musique : Sophie CottonLady Montague : Sakuntala Ramanee ; Montague : Paul Dodds ; Romeo : Bally Gill ; Benvolio : Josh FinanLady Capulet : Mariam Haque ; Capulet : Michael Hodgson ; Nurse : Ishia Bennison ; Juliet : Karen Fishwick ; Mercutio : Charlotte JosephineEscalus : Beth Cordingly ; Friar Laurence : Andrew French______________« Two households… » (I.1.1-14). Le Prologue est dit par la « troupe », quinze jeunes acteurs vêtus de noir, dans laquelle sont même incorporés des écoliers, donc encore plus jeunes1. Ils parlent tous ensemble, c’est un peu une cacophonie, un brouhaha vocal, les paroles ne deviennent audibles qu’à la fin, parvenant des quatre coins du plateau, lorsque chaque vers est pris en charge par la voix d’un acteur différent. Gill Sutherland, dans le Stratford Herald, compare ce début un peu inhabituel à des conversations téléphoniques entre jeunes sur portables2. L’entrée en matière échappe aux conventions théâtrales traditionnelles, le spectateur est transposé directement dans le monde des adolescents urbains d’aujourd’hui, un sonnet transformé en morceau de rap.L’unique praticable de cette représentation est formé d’un gigantesque cube gris-acier mobile qui suggère une variété de lieux. Scène de rue avec le praticable au fond© Photo Topher McGrillis, RSCLe côté ouvert sera la maison des Capulet, puis la cellul... 2018-09-26T00:00:00Z http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1195 Ancient Rome: now on Twitter! Shakespeare’s Roman Tragedies directed by Ivo van Hove. Théâtre de Chaillot, 1st July 2018 http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1190 Anne-Kathrin Marquardt It is certainly an unusual theatrical experience which Ivo van Hove has in store for his audience, as his Toneelgroep Amsterdam visit the Théâtre de Chaillot again after more than two years. In 2016, his mise-en-scène of Shakespeare’s histories, Kings of War, had already been very well received1. His take on the Roman tragedies – Coriolanus, Julius Caesar, Antony and Cleopatra – similarly hits the mark2.The rules governing this nearly six-hour long extravaganza are explained to the audience during the first break. There are no traditional intermissions, only breaks when the set needs to be changed, which can vary between 3 and 10 minutes in length. These cut up the text into sequences lasting perhaps 45 minutes or more; but the breaks never take place between two plays, with the transition always happening onstage. During these interruptions, the audience is free to change seats or come and sit onstage on one of the many sofas provided, while a countdown tells them how much time is left. Two bars on the stage itself are there to convince even the most reluctant. At first sight, this looks like a relatively immersive theatrical experience, just short of the kind of theatre which companies such as Punchdrunk have become famous for. Yet, what one gets is the exact opposite as strategies of Verfremdung are used to maximum effect. Screens, for instance, are an important part of this performance. Illustration 1. Marc Antony (second from left) and Octavius (second from right) negoti... 2018-07-12T00:00:00Z http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1190 Périclès, Prince de Tyr au bistouri de Declan Donnellan, ou quand la psyché investit l’espace théâtral http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1188 Estelle RIVIER-ARNAUD Christophe Grégoire (Périclès). © Théâtre des Gémeaux Une pièce ambitieuse Périclès, Prince de Tyr, œuvre écrite entre 1607 et 1608, est une romance dite « tardive » que Shakespeare écrivit probablement avec un collaborateur, George Wilkins. Son intrigue est demeurée relativement méconnue en France où elle a été peu mise en scène. Elle fut jouée à la Comédie-Française en 1974 sous la direction de Terry Hands, autre grand nom de la scène britannique. Elle le fut également en 1994 dans une mise en scène de Phyllida Lloyd à l’Odéon. L’hiver dernier, Paul Golub montait un projet ambitieux en dirigeant les jeunes académiciens au Théâtre de l’Union à Limoges1. Ambitieux, en effet, car l’intention de Shakespeare, qui est celle « d’égayer [nos] oreilles et donner plaisir à [nos] yeux » (« To glad your ears and please your eyes », prologue, l.6), n’est pas aisée à satisfaire tant l’œuvre est touffue. On y compte de multiples lieux et strates temporelles, des liens de parenté complexes, un inceste, des tempêtes et des naufrages, l’errance et la perte, la désespérance et la joie, mais aussi des combats de chevaliers, des chants et des danses. Rappelons brièvement l’intrigue : le roi Antiochus promet sa fille (dont il est lui-même l’amant) au chevalier qui saura résoudre l’énigme de son identité. Si le prétendant échoue, il sera aussitôt exécuté. Nombreux le sont avant que Périclès ne décèle la vérité. Sa victoire a cependant un goût amer car elle révèle la relation incestueuse consenti... 2018-04-27T00:00:00Z http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1188 Le Richard III d’Ostermeier : Apogée de la décadence http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1185 Dominique Biot La pièce s’ouvre sur des festivités à la cour d’Henry VI : les fêtards, en smokings débraillés, se hèlent, font sauter les bouchons de champagne sous une pluie de cotillons dorés, au son d’une musique rythmée dont le volume traduit les excès et l’abrutissement d’une cour en perdition. Richard, lui, déplore ce pouvoir oublieux qui court à sa perte, et ourdit son ascension. Il marche sans grâce, voûté, dans une tenue qui détone avec le chic festif des autres personnages : T-shirt blanc, pantalon mal ajusté, chaussures épaisses. Il porte autour de la tête une sorte de bandeau de cuir qui fait penser à une camisole – contenant le peu d’humanité du personnage, lui permettant de faire bonne figure le temps nécessaire à son irrésistible ascension. À moins que ce ne soit un casque de rugby, ou de boxe, figurant l’imminence du combat.Le cirque industriel de la mise à mortLe combat aura lieu dans un décor d’arènes ; la scène, semi-circulaire et recouverte de sable, convoque par association des images de gladiateurs et de toréadors. Cette scène s’avance dans la salle à laquelle une passerelle donne accès. Il n’y a plus de quatrième mur. Cette disposition, rappelant la structure des théâtres élisabéthains, crée une grande proximité entre les comédiens et les spectateurs, et rend le personnage de Richard très intrusif, d’autant plus que, dans ses monologues, sa voix est amplifiée : l’effet est cauchemardesque, Richard est là, tout près de nous, il susurre à notre oreille le plaisir de la... 2018-03-02T00:00:00Z http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1185 La Tempête, pièce en cinq actes de William Shakespeare http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1186 Isabelle Schwartz-Gastine Mise en scène Robert CarsenTexte français : Jean-Claude CarrièreScénographie : Radu BuruzescuCostumes : Petra ReinhardtLumières : Robert Carsen et Peter Van PraetVidéo : Will DukeSon : Léonard FrançonDramaturgie : Ian BurtonCollaboration à la mise en scène : Christophe GayralAssistanat à la scénographie : Philippine OrdinaireAvec :Thierry Hancisse, Alonso, roi de NaplesJérôme Pouly, Stéphano, majordome ivrogneMichel Vuillermoz, Prospero, duc légitime de MilanElsa Lepoivre, Iris, Cerès, Junon, déessesLoïc Corbery, Ferdinand, fils du roi de NaplesSerge Bagsassarian, Antonio, duc usurpateur de Milan, frère de ProsperoHervé Pierre, Trinculo, bouffonGilles David, Gonzalo vieux conseiller honnêteStéphane Varupenne, Caliban Sauvage asservi par ProsperoGeorgia Scalliet, Miranda fille de ProsperoBenjamin Lavernhe*, Sebastian frère d’AlonsoNoam Morgensztern*, Sebastian frère d’AlonsoChristophe Montenez, Ariel esprit des airsEt les comédiens de l’académie de la Comédie-Française, Matthieu Astre, Robin Goupil, Alexandre Schoderet, gentilshommes1*en alternancePour sa première mise en scène à la Comédie-Française, le metteur en scène canadien Robert Carsen a choisi la dernière pièce du corpus shakespearien, La Tempête, tragi-comédie qui n’avait pas été montée rue de Richelieu depuis la version à la « profusion fantasmagorique2 » de Daniel Mesguich en 1998. Alors, la carcasse d’un navire débordait du cadre scénique, la tempête faisait rage dans les huniers, les marins s’évertuaient à rester... 2018-03-02T00:00:00Z http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1186 Comment se faire un nom, ou qui nomme-t-on et pourquoi aux seuils du recueil lyrique imprimé anglais (1557-1600) ? http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=897 Rémi Vuillemin Cet article propose de tenter de comprendre comment, dans les recueils poétiques imprimés entre 1557 et la fin du XVIe siècle, le jeu des noms – noms communs, mais aussi surtout noms propres, en toutes lettres ou sous forme d’initiales – s’inscrit dans des enjeux de pouvoir économiques, culturels et sociaux. Le nom, notamment quand il vient authentifier un élément de paratexte, participe d’un processus de légitimation de l’œuvre et de son auteur ; il relève aussi, comme d’autres éléments de paratexte, d’une tentative de cadrer, d’orienter, voire de déterminer la lecture. Après quelques rappels sur les recueils poétiques anglais du XVIe siècle et sur l’économie de l’imprimé, une analyse du caractère stratégique du paratexte est proposée, en insistant sur le rôle spécifique des noms sur la page de titre. Deux études de cas, portant sur deux recueils de George Gascoigne d’une part (respectivement 1573 et 1575), sur le premier recueil poétique de Robert Tofte d’autre part (1597), viennent montrer comment les noms figurant dans le paratexte contribuent à construire une identité d’auteur, ou du moins à légitimer et à produire, en termes foucaldiens, une fonction-auteur avant la lettre. 2018-02-10T00:00:00Z http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=897 African Tempests and Shakespeare’s Middle Passage http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1087 Chantal Zabus Shakespeare in the Empire ; Shakespeare as an Empire Shakespeare on African soil has been an instrument of empire for most of the twentieth century. With the advent of independence in Sub-Saharan Africa and the building of new nation-states, Shakespeare, like the English language, was gradually unhoused and taken away from its ancestral home. In former English-speaking colonies or settler colonies in Africa, from Nigeria to South Africa via Kenya, Shakespeare was taught through the lens of the late Victorian scholar A. C. Bradley who admittedly served the interests of the imperial ruling class. Set Shakespeare texts on Sub-Saharan University curricula like, most notably, Hamlet, Julius Caesar, Macbeth, Othello, King Lear and The Tempest were successfully sanitized of any political or socio-economic import. In South Africa, the only country in Africa where settler power lasted more than the span of a single lifetime, Shakespeare texts were the exclusive ownership of middle-class white Africans. In the immediate aftermath of the official beginning of Apartheid in 1948, thugs from Sophiatown, a Black suburb of Johannesburg, would delight in forcing educated white South Africans, Lewis Nkosi recalls, to “recite some passage of Shakespeare” while standing at street corners, for the amusement of the crowd. The J. P. De Lange report of 1981 reinforced the importance of Shakespeare for the elite and “metal work for the mass of [Black] students.”1 In 1987, some seven years before the... 2017-12-20T00:00:00Z http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1087 Maritime Performance Culture and the Possible Staging of Hamlet in Sierra Leone http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1091 James Seth In his journal of the East India Company’s third voyage, the commander General William Keeling (1577-1620) records the following on 5 September 1607, when his ship, the Red Dragon, and its sister ship, the Hector, arrived at the coast of Sierra Leone:I sent the Portuguese interpreter, according to his desire, aboard the Hector, where he broke fast, and after came aboord me, where we had the TRAGEDY OF HAMLET; and in the afternoone we went altogether ashore, to see if we could shoot an elephant.1What a busy day it was for the Company—meeting with the African dignitary Lucas Fernandez (brother-in-law to King Buré), performing a Shakespeare play, and hunting an elephant in the afternoon. This exciting account is published by one Ambrose Gunthio in European Magazine (1825), added to the newly rediscovered Hamlet Q1 (1603) as a freestanding postscript. This exciting account may also be written by John Payne Collier (1789-1883), a literary editor who also began forging documents in the 1820s.2Though the document may be forged, the Keeling journal extracts present the only evidence for what may be the earliest Shakespeare performances staged outside of Europe, potentially making Fernandez and his train the first non-European audience of Shakespeare. Keeling served as captain of the Red Dragon flagship, which, along with the Consent and the Hector, was sent to establish trading relations with Surat, India and Aden in present-day Yemen, as well as to continue relations with Bantam (Ba... 2017-12-20T00:00:00Z http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1091