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Les traductions italiennes de l’œuvre théâtrale de Shakespeare au XIXe siècle

frPublié en ligne le 30 novembre 2014

Par Dirk Vanden Berghe

Résumé

Nous examinons ici quelques aspects des grandes traductions italiennes de Shakespeare exécutées au XIXe siècle par Michele Leoni, Carlo Rusconi et Giulio Carcano. Leoni hérite de la langue et des habitudes de la culture du XVIIIe siècle, quand la traduction-adaptation était la norme. Il cherche un style très soutenu, qui exclut le mélange des registres bas et élevé. Le rapprochement de la traduction romantique plus fidèle à la lettre mais surtout plus fonctionnelle et à finalité essentiellement éthique, telle qu’en Italie l’avait prônée Madame de Staël, est loin d’être accompli quand, en 1822, il termine ses versions de Shakespeare. Néanmoins, les périodiques de l’époque se sont exprimés de façon élogieuse sur Leoni, qui, comme la majeure partie des traducteurs italiens de du XIXe siècle, a continué à se servir du « Shakespeare français » de Letourneur. D’une même façon, Rusconi pratique la dilatation esthétique du texte en s’inspirant de Leoni et de la traduction française, dans un esprit d’adaptation des tragédies anglaises du XVIIe siècle au contexte culturel italien contemporain. Carcano, tout en n’abandonnant guère le genre de la traduction-adaptation de Leoni et de Rusconi, avec maintien du langage dans un registre élevé et « déclamateur », essaie de rester relativement plus fidèle à l’anglais. On peut toutefois dire qu’au moment de l’édition définitive de son théâtre de Shakespeare, en 1882, le débat italien du début du siècle sur l’auteur anglais avait maintenu encore son actualité.

Abstract

In this article we examine some aspects of the most important Italian Shakespeare translations which were realized in the 19th century by Michele Leoni, Carlo Rusconi and Giulio Carcano. Leoni inherited the language and the modes of 18th century culture where translation-adaptation was the norm. He aimed at a very sustained style which excluded a mixture of common and lofty scales. The move towards Romantic translation, closer to literalness, but above all more functional and with an essentially ethical object, such as Madame de Staël had advised in Italy, was still far off when, in 1822, he completed his versions of Shakespeare. Nevertheless, the periodicals of the time praised Leoni who, like most Italian translators in the 19th century, had continued to make use of Letourneur’s « French Shakespeare ». In a similar way, Rusconi practiced an aesthetic dilatation of the text, being inspired by Leoni and the French translation, striving to adapt 17th century English tragedies to the contemporary Italian cultural context. Carcano, though not departing from Leoni’s and Rusconi’s translation-adaptation style, as evidenced by his use of language on a lofty and declamatory scale, tried to be relatively closer to the English original. At any rate, one can state that, at the moment of his final edition of Shakespeare’s theatrical work in 1882, the early century’s Italian debate on the English author still retained its relevance.

1Alors qu’au XVIIIe siècle en Italie on n’avait guère traduit que quelques œuvres isolées de Shakespeare1, au XIXe l’approche de son théâtre devint plus systématique et des traductions plus amples, voire intégrales, virent le jour. Nous examinerons ici quelques aspects de ces traductions d’envergure qui, jusqu’au XXe siècle, ont contribué à façonner la connaissance italienne de Shakespeare. La traduction de Michele Leoni, à l’heure actuelle peut-être la moins approfondie dans les études littéraires, apparut dans la deuxième décennie du XIXe siècle2, celle de Carlo Rusconi à la fin des années trente3 ; enfin le Shakespeare de Giulio Carcano vit le jour dans les années quarante et cinquante4.

2Depuis le XVIIIe siècle, l’Italie lisait Shakespeare surtout dans la traduction française de Pierre Letourneur5, les intellectuels de la péninsule n’ayant jusqu’alors que rarement des contacts directs avec la culture et la langue anglaises. En même temps, dans l’Europe continentale, l’hégémonie culturelle des Lumières françaises était un fait. La traduction des tragédies par Letourneur éclipsa rapidement celle de Pierre de la Place, où les textes se trouvent à plusieurs endroits pas moins que synthétisés6. Le débat européen récent sur Shakespeare était de toute façon bien connu en Italie et le Discours sur Shakespeare et M. De Voltaire de Giuseppe Baretti (1777), rédigé en français par son auteur, y apporta une contribution importante.

3Le premier de nos traducteurs de Shakespeare du XIXe siècle, Michele Leoni (1776-1858), avait acquis les premiers rudiments d’anglais dans un environnement commercial à Parme, où il travailla pendant quelques années après avoir terminé ses études de droit7. Après s’être transféré à Milan en 1806, Leoni deviendrait le rédacteur du périodique encyclopédique Annali di scienze e lettere (1810-1813), dont l’éditeur responsable était le médecin Giovanni Rasori, originaire de Parme. Rasori avait séjourné longtemps à Londres et à Edimbourg, à la fin du XVIIIe siècle, à l’époque où il fréquentait les écoles de médecine du Royaume-Uni, et il n’est pas improbable que cette collaboration à Milan ait accru l’intérêt de Leoni pour les cultures et les littératures étrangères, en l’occurence pour celle de l’Angleterre8.

4Avant d’aborder le théâtre de Shakespeare, Leoni avait traduit en italien le poème Il Penseroso de Milton et l’ode The Passions de William Collins, publiés pendant son séjour milanais dans un « Essai de traduction de la poésie anglaise vers la poésie italienne9. » Quoiqu’il fût par après écrivain lui-même (de tragédies, de poèmes, d’essais sur la littérature et les mœurs, sur la musique, sur les artistes et les œuvres d’art produits à Parme), sa carrière a été principalement celle d’un traducteur littéraire, d’abord de l’anglais, ensuite bien davantage d’oeuvres classiques, en particulier latines10. La première tragédie de Shakespeare traduite par lui est Julius Caesar, pièce qui avait déjà éveillé un certain intérêt au XVIIIe siècle en Italie : on peut évoquer sa réécriture par Antonio Conti en 1726 ou le Giulio Cesare de Domenico Valentini (1756), première traduction shakespearienne publiée dans la péninsule. Leoni pourrait également avoir été guidé dans son choix par la connaissance qu’il avait de Voltaire, traducteur de la même pièce de Shakespeare (1731) ou encore par le théâtre de Vittorio Alfieri, qui comptait parmi les écrivains tragiques italiens qu’il admirait le plus ; et le Bruto secondo (1789) de celui-ci traitait justement du principal conspirateur contre César.

5Afin de faire correspondre le texte transposé aux conventions littéraires en vigueur dans la culture de la langue-cible (une pratique que le XVIIIe siècle avait pleinement mis en œuvre avec les soi-disantes « belles infidèles11 »), les traductions shakesperiennes de Leoni devaient être aussi, du moins en partie, des adaptations du texte original. Tout comme celui des autres traducteurs du XIXe siècle en Italie, son Shakespeare n’était pas destiné à être représenté sur scène12 : les tragédies étaient davantage lues comme des œuvres d’un lyrisme nouveau ; une « poésie dramatique » renouvelée. Bien entendu, les composantes comiques ou grivoises du langage tragique de Shakespeare semblaient un obstacle important à une pleine appréciation d’œuvres très éloignées du classicisme tel que le théâtre français récent l’avait pratiqué et diffusé en Europe. Un registre linguistique élevé était requis également par le public italien, comme Foscolo l’illustra très bien dans ses essais sur la littérature italienne de 1818, quand il décrivait les réactions négatives des spectateurs devant un ton tragique moins soutenu, pratiqué par un Vincenzo Monti « shakespearien » dans Caio Gracco : « he has introduced some scenes that the Italians are pleased to call by far too natural assai troppo naturali [...] the defects of Monti’s tragedies are reducible [...] to a style sometimes too lyrical, sometimes too tame13. »

6Leoni a certainement utilisé un texte de base anglais, qu’à l’heure actuelle nous ne pouvons encore identifier avec précision14, mais comme la majeure partie des traducteurs italiens de la première moitié du XIXe siècle, voire encore au-delà, il s’est également servi de Letourneur. Dans la préface à son édition d’Otello de 1814, il exposait non seulement les raisons de l’intérêt qu’il portait depuis des années à Shakespeare, mais déclarait aussi sans ambages Letourneur « un traducteur [...] très utile pour moi. Sans l’aide de ses vers, je n’aurais peut-être pas réussi le peu de choses que j’offre ; c’est lui qui détient tout le mérite si je suis parvenu de temps à autre à rendre visibles les traits principaux de mon poète (p. XI, traduit de l’italien) ». Les littérateurs italiens des XVIIIe et XIXe siècles, peu experts en général en langues germaniques, admettaient souvent ouvertement le concours du texte intermédiaire français pour leurs propres réalisations. Même un auteur comme Bertola, bon connaisseur de l’allemand, informait le lecteur de ses traductions de Gessner qu’il avait consulté la traduction française de Michel Huber, tout en tenant à préciser qu’à certains moments il s’en était distancié15.

7La présence, discrète mais bien réelle, de Letourneur pourrait se lire par exemple dans les trois passages qui suivent16. Comme on le verra, la prose comme le « blank verse » de Shakespeare ont été transposés par Leoni en hendécasyllabes italiens non rimés (« endecasillabo sciolto ») :

Be patient till the last (Julius Caesar, III.2.12 )17.
Écoutez patiemment jusqu’à la fin (Jules César, III.4., trad. Letourneur)18
Udite, e sino al fin tranquilli siate (Giulio Cesare, III.5., trad. Leoni)19.

Even now, now, very now, an old black ram / is tupping your white ewe (Othello, I.1.88-89)20.

En ce moment, à l’heure même, un noir vautour se repaît de votre jeune et blanche colombe (Otello, I.5., trad. Letourneur)21.

Negro avvoltojo in questo punto istesso / di tua colomba tenera si pasce (Otello, I.II. trad. Leoni)22.

If it prove lawful prize, he’s made for ever (Othello, I.2. 51)
Si elle est declarée légitime, il a jeté l’ancre pour toujours (Otello, I.V., trad. Letourneur)23

che dove / legittima ella sia l’àncora in porto / ha gettato per sempre (Otello, I.V., trad. Leoni)24

8Ces habitudes de traducteur peuvent d’ailleurs se retrouver dans les poèmes d’Ossian que Leoni publia en version italienne en 1813 : il s’agit de textes apparus en Ecosse après le recueil de Machpherson de 176525. De nombreux éléments lexicaux et des structures syntaxiques des textes italiens y sont le résultat d’une transposition littérale de la version française, exécutée par des « continuateurs » de Letourneur. En effet, dans les Nuovi canti di Ossian, le texte italien et le texte français s’éloignent en de nombreux endroits d’une même façon du texte anglais, tandis qu’ailleurs, la version de Leoni et la traduction française suppriment parfois les mêmes passages d’Ossian26.

9Le troisième exemple d’Otello cité ci-dessus illustre bien la tendance principale de la traduction de Leoni, c’est-à-dire la recherche d’un style très soutenu, qui d’une façon générale exclut le mélange des registres bas et élevé. Leoni hérite de la langue et des habitudes du XVIIIe siècle et l’idée de décorum en littérature au début du XIXe siècle était bien différente de celle qui présidait au théâtre élisabéthain. Les métaphores considérées trop insolites sont donc substituées ou atténuées par des images plus traditionnelles :

Virtue itself scapes not calumnious strokes.
The canker galls the infants of the spring
Too oft before their buttons be disclos’d (Hamlet, I. 3. 34-40)27

non è sempre / la virtù stessa da calunnia immune./ Rode il verme talor, pria che palesi / la sua fragranza e il suo color, la rosa (Amleto, I.3., trad. Leoni)28
And Fortune, on his damned quarrel smiling, show’d like a rebel’s whore (Macbeth, I. 2. 16-17)29
Baldo apparia così, che già Fortuna / porgere a quel felon parea la chioma (Macbetto, I. 2., trad. Leoni)30

Yes [this dismay’d] ; / as sparrows, eagles, or the hare the lion.
If I say sooth, I must report they were
As cannons overcharg’d with double cracks (Macbeth, I.2. 35-37).

Sì, come / di passero alla vista aquila trema, / ovver lïon di breve daino a fronte. / Due tra la mischia ignivomi metalli [...] offir potrian appena idea del vero (Macbetto, I. 2., trad. Leoni)

10En général, on rencontre des amplifications du texte de Shakespeare qui ne trouvent pas leur origine dans la traduction française. Les exemples qu’on pourrait donner sont extrêmement nombreux, en voici un seul tiré du Giulio Cesare:

So let the high-sighted tyranny range on, / till each man drop by lottery (Julius Caesar, II.1.117-118)
onde la fera / tirannia che ci opprime, estrarre in pace / possa dall’urna della morte i nomi / degli schiavi codardi, e ad uno ad uno / aprir loro il sepolcro (Giulio Cesare, II. 1.)

11Pour ce qui est de l’éloignement des modes d’expression de Shakespeare, Leoni lui-même s’est justifié à ce propos dans la préface à l’édition d’Otello de 1814, qui d’une certaine façon représente l’histoire personnelle de son approche de l’œuvre du dramaturge anglais. Dans son travail de traducteur, son intention aurait été justement d’éviter les calques linguistiques sur la langue anglaise, étant donné qu’il voulut maintenir « la couleur poétique de l’original, en la transposant en poésie - poésie de la langue la plus poétique de toutes les langues vivantes, peut-être ». Et il poursuit ainsi :

Quant au mode de traduction, j’ai essayé de faire le plus possible abstraction des mots, après que ceux-ci m’avaient conduit à la compréhension de la pensée : la seule façon, à mon sens, de ne pas hériter des défauts, qui peuvent se nicher dans la forme de l’expression ; défauts qui ne se distinguent pas toujours facilement de l’idée, puisqu’il s'agit d’une langue étrangère (p. XII, traduction de l’italien).

12Bref, on est loin d’une traduction proche de la lettre que les Romantiques, après les incitations de Madame de Staël, allaient bientôt proposer dans leurs écrits et leurs manifestes.

13Dans le passage de l’édition de Giulio Cesare de 1811 à celle de 181531, puis de celle-ci à l’édition de Vérone de 182032, on peut même voir comment Leoni a tout mis en œuvre afin de renforcer les caractères de style typiques de la littérature « néoclassique » italienne (un foisonnement de figures de rhétorique concernant l’ordre des mots, telles que les inversions ou les hyperbates, mais aussi certains tropes, parmi lesquels une place privilégiée est occupée par la métonymie) et un lexique généralement latinisant, qui préfère les formes archaïques de la littérature classique italienne. Quelques exemples du discours de Brutus dans la scène 3 de l’acte V :

Udite, e sino al fin tranquilli siate (1811) > Sino al fin del sermon sia sia la quïete / sui vostri labbri (1815) > Sino al fin del sermon chiuso rimanga / il labbro vostro (1820).
Me di vostra virtù nel sentir puro / giudicate, o Romani, egli alti sensi / v’infiammin de’ vostri avi (1811) > Esser dee solo in voi giudice il senno : / e, a ben librar d’ogni mia prova il pondo, / tutto il vigor di vostre idee si aduni (1815 et idem 1820).

14Mais il est vrai que d’une édition à l’autre, Leoni a éliminé les effets rhétoriques les plus répétitifs (en particulier la surabondance de parallélismes), tandis que des composantes du texte shakespearien peuvent être redistribuées à l’intérieur même des scènes. Dans le souci de préserver le caractère classique des formes d’expression, de larges passages considérés comme trop triviaux sont supprimés, telle une partie du dialogue entre Marullus et le cordonnier sur lequel s’ouvre le premier acte. Restituer dans la langue-cible les jeux de mots (comme ceux qui caractérisent le discours du cordonnier) constitue bien évidemment une difficulté majeure pour chaque traducteur mais en réalité ce problème ne se posait pas à Leoni, étant donné qu’à ses yeux, le registre comique n’avait aucune raison d’être dans le genre tragique. Néanmoins, les deuxième et troisième éditions de La morte di Giulio Cesare ne correspondaient nullement à une approche renouvelée du texte original après la première version de 1811, en dépit des déclarations du traducteur qui pouvaient se lire dans la préface de 1815.

15En général, les périodiques de l’époque se sont exprimés de façon élogieuse sur la traduction de Leoni, du moins si l’on s’en tient à un ensemble de comptes-rendus parus entre 1811 et 182133. Dès son premier Giulio Cesare, on appréciait le caractère « italianisé » de la pièce et ses qualités de style, en particulier le ton tragique soutenu. Mais le débat autour des modalités de traduction de Leoni allait presque toujours de pair avec le questionnement sur la valeur et les possibilités d’innovation du théâtre de Shakespeare dans les lettres italiennes : le classicisme opposait des résistances à l’écrivain anglais, et les considérations des contemporains sur les traductions de Leoni en témoignent. Si, dans la réflexion théorique sur le théâtre, le non-respect des unités semblait désormais acquis et bien des lecteurs semblaient même prêts à voir dans le mélange de passages comiques aux contenus tragiques un reflet plus fidèle de la réalité, les fréquents jeux de mots ou allusions à composante sexuelle empêchaient néanmoins de considérer comme « édifiants » ou « élévés » les sujets de ses pièces. Aux yeux des lecteurs, Shakespeare avait l’avantage d’être un poète proche de la nature, ce qui le libérait de l’asservissement à la tyrannie des règles de l’art ; mais d’un autre côté, ils le voyaient comme « impur » et prolixe.

16Il s’agit là d’un ensemble de positions qui correspond largement au point de vue de Samuel Johnson tel qu’il l’avait exposé dans la préface à son édition de Shakespeare de 1765 : un texte bien connu également par Leoni, qui voulut le reproduire dans son édition de Vérone de 1819-182234.

17Mais encore en 1816, Madame de Staël avait l’impression que les efforts de traduction de Leoni, tout aussi bien pour Shakespeare que pour Milton, n’étaient pas encore suffisamment reconnus par les contemporains35. Quant au type de traduction littéraire qu’elle entendait encourager en Italie, celle-ci ne correspondait pas à la pratique mise en œuvre dans les textes de celui pour lequel elle avait pourtant eu des paroles élogieuses. Pour Madame De Staël, la traduction littéraire aurait dû davantage tenir compte des spécificités de la langue d’origine, et donc aller au-delà de la pratique de la traduction-adaptation, à laquelle les traditions nationales de l’époque classique avaient habitué leurs lecteurs. Comme exemple de traduction de type nouveau, elle citait le théâtre de Shakespeare publié en Allemagne par Schlegel, dont la traduction unissait « l’exactitude à l’inspiration36».

18Ce n’est donc guère un hasard si Berchet, dans la « Lettera semiseria di Grisostomo al suo figliolo », un des textes programmatiques les plus importants du romantisme italien, formulait des remarques bien précises à propos des traductions de Leoni :

[...] si tu me laisses le concept étranger, mais pour servir le penchant de la poésie, tu me le recouvres tout entier d’habits italiens et trop différents de ceux qu’il avait à l’origine, qui pourra, en toute conscience, te saluer comme auteur, qui pourra te remercier comme traducteur ? [...] vois-tu, mon fils, si je t’ai prédit ou non le faux quand je te parlais il y a un certain temps d’une traduction du Théâtre de Shakespeare, proche d’être publiée à Florence. M. Leoni a du talent, du cœur, de l’érudition, de la finesse de jugement, de l’aisance dans la langue italienne, une bonne connaissance de la langue anglaise, enfin toutes les qualités requises pour être un vaillant traducteur de Shakespeare. Mais que veux-tu ? Shakespeare est déformé ; et nous sommes toujours obligés d’envier Le Tourneur aux Français. Et pourtant M. Leoni aurait suffi pour apaiser à jamais cette envie37.

19La pure et simple adaptation des œuvres traduites aux traditions littéraires nationales semblait désormais une pratique à éviter, alors qu’une traduction plus fonctionnelle, à finalité essentiellement éthique (rendre accessibles des points de vue innovateurs et, partant, de nouvelles idées), aurait dû prendre sa place38.

20Avant de donner un bref aperçu de la traduction des tragédies de Shakespeare par Giulio Carcano, il conviendra de mentionner ici la première traduction intégrale en prose, fournie par Carlo Rusconi en 183839. Dans sa première édition, le rapprochement de la traduction romantique telle que l’avait prônée Madame de Staël est loin d’être accompli. Bien des années plus tard, à partir de 1873-1874, le texte aurait été profondément remanié par le traducteur (qui alors restait plus proche de l’original anglais)40, à la suite de nouvelles et meilleures éditions du texte de Shakespeare apparues depuis lors, comme celle des années 1863-1866, connue sous le nom de « Cambridge Shakespeare41» Dans la première version, Rusconi avait continué à se servir de Letourneur et probablement aussi de Leoni, dans un esprit de « dilatation esthétique » du texte et donc d’adaptation au contexte culturel italien42.

21Enfin, la troisième grande traduction shakespearienne du XIXe siècle italien est celle de l’écrivain Giulio Carcano. Écrite en vers (« endecasillbo sciolto »), comme celle de Leoni, elle vit la lumière à partir de 1843 et parut dans sa version complète en 12 volumes, entre 1875 et 188243. D’une manière générale, on est toujours en présence d’une traduction-adaptation, qui allait bénéficier d’un excellent accueil. Carcano veilla à atténuer, mais d’une façon moins drastique, les innovations expressives et dramatiques d’un auteur qui risquait de bouleverser totalement les coutumes du théâtre en Italie et dont les apports étaient par trop innovants.

22Tout en maintenant le langage dans un registre élevé et déclamé, Carcano essaya de respecter certaines structures syntaxiques de l’anglais original (Leoni, d’une manière générale, n’en tenait pas compte) et évita les paraphrases ennoblissantes. Pour les passages tirés de Hamlet (I.3.34-40) et de Macbeth (I.2.16-17 et 2.35-37) cités plus haut, on peut comparer ses traductions avec celles de Leoni :

Virtù non fugge di calunnia i dardi, / e il bruco rode i fior, figli d’aprile, / troppo sovente, pria che il Sol ne schiuda / i primi germi44

E, propizia alla lotta maledetta, / già fortuna parea farsi la druda / di quel ribelle45

[ebbero terrore ] com’aquila d’un passere, o lïone / d’un coniglio. Simìli, a dirti il vero, / a due spingarde io li diró, tonanti / doppie infocate palle46

23Ou encore, dans Julius Caesar :

24What tributaries follow him to Rome / to grace in captive bonds his chariot-wheels ? (Julius Caesar, I.1. 33-34)

quale / lo segue in Roma tributaria schiera / in catena servil, ch’orni le ruote / del suo carro ? (Giulio Cesare, I. trad. Carcano)47

qual lo segue avvinto / del suo carro alle ruote ordin di schiavi ? (Leoni)

25Caracano essaya également de rester plus fidèle à l’anglais là où le caractère très direct ou allusif du langage, et par conséquent les bienséances de l’époque, auraient exigé d’éviter ou de supprimer l’« obstacle textuel » ; ce qui arrive souvent chez Leoni. En outre, il n’esquive guère les jeux de mots si typiques du discours shakespearien, même s’il ne les reproduit pas en italien48 :

[…] took up the child.
« Yea », quoth he, « dost thou fall upon thy face ?
Thou wilt fall backward when thou hast more wit
Wilt thou not, Jule ? » And by my holidame
The pretty wretch left crying and said « Ay ». (Romeo and Juliet, I.3.40-44)49.

Fu lui che levò su la fanciullina : / « Eh sì », le disse, « dèi cascar su viso ? / Oh come avrai più sale in zucca, allora / sul dosso cascherai, Giulietta, è vero ? » / Cessa tosto il gridar la furfantella, / per nostra Donna ! e « Sì », risponde (Romeo e Giulietta, I.4., trad. Carcano)50.

E sollevolla : « Tu bocconi (ei disse) / cader ti lasci. Quando avrai più senno ... / Giulietta mia, di’, non è ver ? » – E allora / la scherzosetta pose fine ai gridi, / e disse : « sì » (Romeo e Giulietta, I.VI. trad. Leoni).51

Here comes Romeo, here comes Romeo ! Without his roe, like a dried herring. O flesh, flesh, how art thou fishified (Romeo and Juliet, II.4.36-38).

E’ vien Romeo ; qui vien Romeo. Ma d’ovi / scarco, qual secca aringa ! O carne, carne, / se’ fatta pesce ! (Romeo e Giulietta, I.VI. trad. Carcano)

Ecco Romeo. Vedi, com’è sparuto ! / Più quel di pria non è. –Tu se’ pur gramo, / o amico mio ! (Romeo e Giulietta, I.VI. trad. Leoni)

« Give me, » quoth I : - « Aroynt thee, witch, » the rump-fed ronyon cries (Macbeth, I. 3. 5-6).
« Dammene ! » io dissi. « Strega, va via ! » / la naticuta scrofa gridò (Macbetto, I.3. trad., Carcano)

Dammene, io dissi. / Vai all’inferno, mi rispose irata / quella Megera dall’enorme groppa (Macbetto, I.3., trad. Leoni)

26Si le public apprécia les traductions de Carcano, on peut aussi comprendre que son contemporain Carlo Dossi, auteur expérimental du groupe des scapigliati milanais, exprimait des réserves sur la qualité de ce Shakespeare italien : un scepticisme qui trouvait son origine dans le refus de l’« ennoblissement » du texte traduit, même si chez Carcano cette tendance était somme toute modérée par rapport à ses prédécesseurs52. Mais les conventions et les habitudes littéraires italiennes toléraient mal la crudité de langage. Au fond, on peut dire qu’en 1882, lorsque Carcano complétait sa publication des tragédies de Shakespeare, le débat italien du début du siècle sur l’auteur anglais avait maintenu encore une bonne partie de son actualité.

Bibliographie

Sources primaires

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Notes

1 Gaby Petrone Fresco, Shakespeare’s Reception in 18th Century Italy. The case of Hamlet, Berne, Peter Lang, 1993, p. 3-61.

2 Les traductions de Michele Leoni se sont échelonnées de 1811 (l’année du Giulio Cesare, Milan, G. G. Destefanis) à 1822 (l’année où se termina, auprès de la Società Tipografica de Vérone, la réédition des tragédies, en 14 volumes. Commencée en 1819, Leoni y reproposait ses neuf traductions apparues jusqu’en 1818 (Giulio Cesare, Otello, Amleto, Romeo e Giulietta, Cimbellino, Macbetto, Riccardo III, La Tempesta, Sogno di una notte di mezza estate) ainsi que les versions italiennes de quatre autres pièces de Shakespeare, exécutées en prévision de l’édition véronaise (Vita e morte del Re Giovanni, Il Re Lear, Riccardo II, Il Re Arrigo IV).

3 La première édition de la traduction de Carlo Rusconi, en prose, est de 1838 (Teatro completo di Shakspeare, 2 vol., Padoue, Co’ tipi della Minerva).

4 William ShakespeareTeatro scelto,trad. par Giulio Carcano, Milan, Pirola, 18431; Teatro scelto, trad. par Giulio Carcano, 3 volumes, Florence, Le Monnier, 1857-18582.

5 William Shakespeare ,Œuvres trad. par Pierre Letourneur, Paris, À la librairie de Brissot-Thivars, 1821-1822.La première édition, au titreShakspeare traduit de l’Anglois, fut publiée de 1776 à 1783.

6 Pierre de la Place (trad.),Le théâtre anglois, 9 vol., Paris [à partir du volume 3: Londres], s.e., 1745-1749.

7 Leoni travailla à Parme pour l’entrepreneur et banquier Giuseppe Serventi. À côté de l’anglais, la connaissance du français lui était assurée par le système éducatif du Duché, gouverné par les Bourbons. Voir. l’entrée «  Michele Leoni », par Francesco Millocca, dans le Dizionario biografico degli italiani, vol. LXIV (Latilla-Levi Montalcini), Rome, Istituto della Enciclopedia italiana, 2005, p. 600-602.

8 Sur Rasori on peut voir: Giorgio Cosmacini (éd.), Scienza medica e giacobinismo in Italia. L’impresa politico-culturale di Giovanni Rasori (1796-99), Milan, Franco Angeli, 1982 et Id., Il medico giacobino. La vita e i tempi di Giovanni Rasori, Rome-Bari, Laterza, 2002.

9 Michele Leoni, Esperimento di versioni della poesia inglese nell’italiana, Milan, G. G. Destefanis, s.d. [mais probablement 1811].

10 Mais de sa main est également une importante traduction de l’Iliade d’Homère (Turin, Chirio e Mina, 1823-1824, en 4 volumes). L’orientation accentuée de Leoni vers la littérature de l’antiquité coïncide avec son retour à Parme en 1822, grâce au mécénat de Marie-Louise d’Autriche, à l’époque duchesse de Parme. Pour les traduction anglaises de Leoni, on peut voir le répertoire de Clara Fazzari, «Bibliografia delle traduzioni dall’inglese e dal francese di Michele Leoni», La Rassegna della letteratura italiana, LXXII (1969), p. 64-74.

11 L’attitude des traducteurs italiens de Shakespeare n’était pas foncièrement différente de celle des traducteurs français, au sujet desquels José Lambert affirma dans une étude de 1993 (« Shakespeare en France au tournant du XVIIIe siècle. Un dossier européen », in Dirk Delabastita - Lieven D’Hulst [eds.], European Shakespeares. Translating Shakespeare in the Romantic Age, Amsterdam/Philadelphia, John Benjamins, 1993), que « l’histoire des versions françaises de Shakespeare confirme une des thèses théoriques récentes, à savoir que les traducteurs aiment s’entourer de plusieurs textes-modèles au moment où ils entament leur travail et que leur texte de base ('original') est souvent un tout autre texte que 'la version la plus authentique' chère aux éditions modernes et savantes [...] L’original, en termes d’authenticité, n’est à peu près jamais le seul modèle des traductions, car les traducteurs se servent assez systématiquement de modèles textuels en vigueur dans leur entourage immédiat (culture littéraire d’arrivée) » (p. 32 et p. 40).

12 Le traducteur le déclare explicitement à la p. VIII de sa préface à Otello (Florence, Vittorio Alauzet, 1814).

13 Ugo Foscolo, « Essay on the present literature of Italy », dans Saggi di letteratura italiana, II, édités par Cesare Foligno, Florence, Le Monnier, 1958, p. 452.

14 Anna Busi, à la p. 23 de son étude Otello in Italia (1777-1972) (Bari, Adriatica, 1973), a supposé que tout comme Giustina Renier Michiel, traductrice vénitienne de Shakespeare dans les dernières années du XVIIIe siècle, il aurait pu se servir d’une édition récente où se contaminaient les différents textes jusqu’alors acceptés, comme par exemple The Plays of William Shakespeare with the corrections and illustrations of various commentators, by Samuel Johnson and George Steevens, revised by Isaac Reed, Londres, 1803. La pratique de synthétiser les notes et les commentaires en vue d’une nouvelle édition ne devait d’ailleurs pas sembler trop étrange à Leoni lui-même, si dans un de ses travaux majeurs de 1816, la traduction du Paradis perdu de Milton, il voulut offrir un apparat de notes contenant des informations tirées pêle-mêle d’un ensemble d’éditions récentes et moins récentes du poème biblique anglais.

15 Aurelio de’ Giorgi Bertola, « Ragionamento sulla poesia pastorale, e particolarmente sopra gl’idillj di Gessner », dans Idea della bella letteratura alemanna, II, Lucques, Francesco Bonsignori, 1784: « je me suis éloigné plusieurs fois de lui, non pas parce que j’avais la folle prétention de le dépasser en matière de connaisance de l’allemand; mais parce que j’ai eu raison de penser que les caractéristiques de la langue française l’ont contraint à quelque inexactitude » (p. 171, traduit de l’italien).

16 Dans cet article, nos considérations porteront sur des extraits de cinq tragédies : Julius Caesar, Romeo and Juliet, Hamlet, Othello et Macbeth.

17 William Shakespeare, Julius Caesar, éd. David Daniell, Walton-on-Thames, Thomas Nelson and Sons, 1998 (The Arden Shakespeare).

18 William Shakespeare  Œuvres, trad. parPierre Letourneur,,op. cit., vol. V, p. 91.

19 William Shakespeare,Giulio Cesare, trad. par Michele Leoni,op. cit., p. 101.

20 William Shakespeare, Othello, éd. M. R.Ridley, Londres-New York, Methuen, 1958, coll. « The Arden Shakespeare ».

21 William Shakespeare, Œuvres, trad. par,Pierre Letourneur , op. cit., vol. I, p. 57.

22 William Shakespeare,,  Otello, trad. par Michele Leoni op. cit., p. 7.

23 William Shakespeare, Œuvres, trad. par Pierre Letourneur , op. cit., vol. I, p. 67.

24 William Shakespeare  Otello, trad. par  Michele Leoniop. cit., p. 29. Voir aussi: Anna Busi, Otello in Italia, op. cit., p. 3-44, pour ses considérations sur l’Otello de Leoni et plus spécifiquement sur les vers cités.

25 John Smith Nuovi canti di Ossian, pubblicati in inglese da Giovanni Smith e recati in italiano da Michele Leoni, Florence, Vittorio Alauzet, 1813. Leoni traduisit ainsi John Smith, Galic Antiquities, consisting of a history of the Druids, particularly of those of Caledonia, a Dissertation on the authenticity of the poems of Ossian, and a Collection of ancient poems translated from the Galic of Ullin, Ossian, Orran, etc., 2 volumes, Édimbourg, C. Elliot, 1780.

26 Qu’il me soit permis de renvoyer ici à mon article « Le versioni ossianiche di Michele Leoni », La Rassegna della letteratura italiana,  CVII, n. 2 (2008), p. 424 – 441.

27 Wiliam Shakespeare, Hamlet, éd. Harold Jenkins, Londres et New York, Methuen, coll. « The Arden Shakespeare », 1982.

28 William Shakespeare, Amleto, trad. par Michele Leoni, Florence,Vittorio Alauzet, 1814, p. 34.

29 William Shakespeare, Macbeth, éd. Kenneth Muir, Londres, Methuen, coll. « The Arden Shakespeare », 1962.

30 William Shakespeare, Macbetto, trad. par Michele Leoni, Pise, Niccolò Capurro, 1815, p. 9.

31 William Shakespeare, La morte di Giulio Cesare, trad. par Michele Leoni, Pise, Niccolò Capurro, 1915.

32 William Shakespeare La morte di Giulio Cesare, in Tragedie di Shakspeare, trad. par Michele Leoni, vol. VI, Vérone, Società Tipografica Editrice, 1820.

33 Auteur anonyme, « Giulio Cesare di Leoni », Corriere delle Dame, octobre 1811, n. XL, p. 350; Filippo Irenico [pseudonyme de Filippo Del Pace], « Osservazioni sulla Traduzione poetica della Tragedia di Guglielmo Shakespeare intitolata il Giulio Cesare, fatta dal Sig. Michele Leoni di Parma », Giornale enciclopedico di Firenze, 1811, t. 3, p. 306-312; Auteur anonyme, « Poesia di Shakespeare », Giornale enciclopedico di Firenze, 1814, t. 6, p. 64-76; D.T. [Davide Bertolotti], « Tragedie di Guglielmo Shakespeare, recate in verso italiano da Michele Leoni di Parma », Lo Spettatore, 1815, t. 3, p. 82-88; Auteur anonyme, « Tragedie di Shakspeare, tradotte da Michele Leoni », Biblioteca italiana, 1821, t. 24, p. 37-72. Sur la réception de quelques œuvres de Shakespeare traduits par Leoni on peut voir : Marisa Sestito, Julius Caesar in Italia, Bari, Adriatica Editrice, 1976, p. 68-70, et Mario Corona, La fortuna di Shakespeare a Milano (1800-1825), Bari, Adriatica Editrice, 1970, p. 79-83 et 89-90.

34 « Prefazione di Samuele Johnson, stampata la prima volta in inglese », in Tragedie di Shakespeare, trad. par Michele Leoni, vol. I, Vérone, Società Tipografica Editrice, 1819, p. 31-78.

35 Ainsi aurait-elle écrit dans sa réponse aux objections formulées par les défenseurs du classicisme, à la suite de son article « De l’esprit des traductions » qui devait déclencher la querelle des classiques et des romantiques en Italie (l’article fut publié en italien dans la Biblioteca italiana de janvier 1816 avec le titre «Sulla maniera e l’utilità delle traduzioni») : « Un homme de lettres à Florence (M. Leoni) a fait des études approfondies sur la littérature anglaise et a commencé à traduire tout Shakespeare, car, à ne pas y croire! il n’existe pas encore de traduction italienne de ce grand homme. Il traduit Milton, et parmi les poètes anglais il a fait un choix des plus belles odes afin de les naturaliser dans la langue de ses concitoyens, mais obtient-il pour cela l’encouragement et l’estime que son travail mérite? » (traduit de l’italien: voir Anne-Louise de Staël-Holstein, « Risposta alle critiche mossele » dans Biblioteca italiana, giugno 1816, reproduit dans Egidio Bellorini (éd.), Discussioni e polemiche sul Romanticismo (1816-1826), vol.1, Bari, Laterza, 1943, p. 66-67).

36 Dans le texte italien: « una vivissima rassomiglianza » (« une très vive ressemblance »),  par rapport à l’original anglais (op. cit., p. 8).

37 Giovanni Berchet, Lettera semiseria di Grisostomo (1816), éd. A. Galletti, Lanciano, Carabba, 1913, p. 104 (traduit de l’italien).

38 À ce sujet on peut voir également les observations d’Antonia Arslan et Andrea Molesini, « ‘Macbet’, ‘Macbetto’, ‘Macbeth’: dalla proposta del 1798 al trionfo mancato del 1830 », Rivista italiana di drammaturgia, IV, n. 14 (1979), p. 62-63.

39 William Shakespeare,Teatro completo, tradotto dall’originale inglese in prosa italiana da Carlo Rusconi, Padoue, Co’ tipi della Minerva, 1838.

40 L’édition reconnue comme définitive par le même Rusconi est celle de 1881-1885 (Rome, Tipografia nell’Ospizio di S. Michele di Carlo Verdesi).

41 William Shakespeare, Works, éds. Wiliam George Clark et William Aldis Wright, Londres, Macmillan and Co., 1863-1866.

42 Pour ce qui est d’Othello, par exemple, on peut encore voir Anna Busi, op.cit., p. 72-74.

43 William Shakspeare, Teatro scelto, trad. par Giulio Carcano, Milan, Pirola, 1843-1853; William Shakespeare, Opere, trad. par Giulio Carcano, Milan, Ulrico Hoepli, 1875-1882.

44 William Shakespeare, Teatro scelto, trad. par Giulio Carcano, vol. I, Florence, Le Monnier, 1857, p. 212.

45 William Shakspeare, Teatro scelto,  trad. par Giulio Carcano, vol. II, Florence, Le Monnier, 1858, p. 162.

46 Ibid., p. 163.

47 William Shakespeare, Teatro scelto, trad. par Giulio Carcano,op. cit., vol. I, p. 366.

48 Les « puns » de type homophonique ou homonymique sont évidemment parmi les plus complexes à traduire. Carcano opte le plus souvent pour les catégories que le traductologue Dirk Delabastita a appelées d’une part « non selective non-puns », de l’autre « diffuse paraphrase » (voir le modèle théorique pour la traduction des jeux de mots dans son volume There’s a Double Tongue :An investigation into the translation of Shakespeare’s wordplay, with special reference to Hamlet, Amsterdam-Atlanta, Rodopi, 1993). À l’intérieur de la pratique de traduction « Pun > Non-Pun », la deuxième catégorie, rarement pratiquée par Carcano, est selon Delabastita le « selective non-pun », où seuls quelques composantes constitutionnelles de l’humour verbal sont sélectionnées (« selective ») et restituées par le traducteur dans la langue-cible.

49 William Shakespeare, Romeo and Juliet, éd. Brian Gibbons, Londres-New York, Methuen, coll. « The Arden Shakespeare », 1980.

50 William Shakespeare, Teatro scelto, trad. par Giulio Carcano, op. cit., vol. II, p. 33.

51 William Shakespeare, Romeo e Giulietta, trad. par Michele Leoni, Florence, Gio. Marenigh, 1814, p. 32.

52 Riccardo Duranti,  « La doppia mediazione di Carcano », in Laura Caretti (éd.), Il teatro del personaggio. Shakespeare sulla scena italiana dell’800, Rome, Bulzoni, 1979, p. 90.

Pour citer cet article

Dirk Vanden Berghe (2014). "Les traductions italiennes de l’œuvre théâtrale de Shakespeare au XIXe siècle". Shakespeare en devenir - Les Cahiers de La Licorne - N°8 - 2014 | Shakespeare en devenir | Appropriations italiennes de Shakespeare.

[En ligne] Publié en ligne le 30 novembre 2014.

URL : http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=756

Consulté le 23/06/2017.

A propos des auteurs

Dirk Vanden Berghe

Dirk Vanden Berghe enseigne la littérature italienne à la Vrije Universiteit Brussel (Bruxelles, Belgique). Sa recherche porte principalement sur la littérature du XIXe et du début du XXe siècle, avec un intérêt spécifique pour les aspects stylistiques et intertextuels. Il a publié sur les poètes-traducteurs d’œuvres de type « protoromantique »(en particulier les Idylles de Gessner et les poèmes d’Ossian) mais également d’œuvres classiques (L’Énéide; l’Iliade retraduite dans la deuxième décennie du XIXe siècle, après la traduction célèbre de Vincenzo Monti). Il a consacré un ensemble d’études à l’influence de Monti sur Giacomo Leopardi. Avec Claudio Gigante, il a publié le volume collectif Il romanzo del Risorgimento (Bruxelles, Presses Interuniversitaires Européennes- Peter Lang, 2011). En ce qui concerne la littérature du XXe siècle, il s’est concentré sur des aspects de la culture florentine d’avant la Grande Guerre, en particulier la production littéraire d’Ardengo Soffici, auteur auquel il a consacré une monographie (Ardengo Soffici dal romanzo al «puro lirismo», en 2 volumes, Firenze, Olschki, 1997) et de nombreux essais.




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Dernière mise à jour : 31 janvier 2017

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