Richard III

Drame en deux actes de Giorgio Battistelli
Livret de Ian Burton d’après William Shakespeare
Direction musicale Zoltán Peskó
Mise en scène et lumière Robert Carsen
Créé au Vlaamse Opéra à Anvers en 2005
Grand Théâtre de Genève – 22 janvier-1er février 2012

frPublié en ligne le 13 mai 2013

Par Dominique BIOT

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1Le Grand Théâtre de Genève a proposé, au début de l’année 2012, le Richard III de Giorgio Battistelli, drame en deux actes d’après la tragédie historique de William Shakespeare, avec un livret de Ian Burton. Le baryton Tom Fox y campe un tyran machiavélique dont le maquillage – pâleur cadavérique annonciatrice et lèvres rouge sang – accentue l’effrayante clownerie. Ce Richard III est un homme de spectacle, il fait son one-man-show, servi par une mise en scène en rouge et noir qui condense l’action en un lieu unique, celui d’une arène semi-circulaire entourée de gradins métalliques dont le sol est couvert de sable rouge.

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Richard III (Tom Fox)
© GTG/Yunus Durukan

2Nous assistons à l’irrésistible ascension du duc de Gloucester et à son irrésistible chute. Le décor renvoie la politique à l’art de la tauromachie et Richard III en est le victorieux toréador, secondé par des hommes de main grossiers et rugueux, costumés en bouchers, qui débarrassent à la brouette les corps de deux jeunes innocents, neveux de Richard. Le sable meuble permet d’ailleurs qu’on creuse des tombes à même ce sol qu’abreuve le sang des victimes successives du tyran. Dans le premier acte, tout réussit à Richard : même boiteux, même bossu, il élimine les obstacles, séduit et obtient même qu’on le réclame. Le chœur, interprété par une foule d’individus habillés d’une tenue noire identique accentuant l’anonymat de chacun, ponctue l’ascension de Richard de chorégraphies impeccables ; l’une des plus marquantes est celle des parapluies, illustrant les noires prédictions du chœur, leitmotiv du drame :

When clouds are seen
Wise men put on their cloaks!
When great leaves fall
Then winter is at hand!
When the sun sets
Who does not expect the night?

3La mise en scène est riche d’effets visuels efficaces, et si le metteur en scène évoque l’expressionnisme allemand comme source d’inspiration esthétique, certains ballets du chœur nous font penser aux hommes qui tombent de Magritte. Car c’est bien la chute de Richard III que donne à voir le deuxième acte : si le despote n’a rien à craindre des vivants qu’il manipule comme des marionnettes, ce sont les morts qui reviennent le hanter dans ses songes nocturnes. Chaque victime de Richard marche dans ses rêves en portant sa tête à la main.

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Richard III (Tom Fox) et Lady Anne (Marion Ammann)
© GTG/Yunus Durukan

4Ian Burton a travaillé le texte de Shakespeare avec une triple contrainte : moderniser, simplifier, restructurer ; il en est de même pour l’intrigue, épurée de certaines scènes et de certains personnages. Le résultat est d’une redoutable efficacité et l’opéra gagne en intensité dramatique. La musique de Battistelli, qui fait d’ailleurs la part belle aux percussions, est toute entière le rythme même de l’ascension et de la déchéance. C’est la partition du chaos que joue l’orchestre qui s’apaise pourtant lors des interventions du chœur, pleurant les morts ou fêtant le couronnement en latin. La voix blanche du prince Richard s’élevant naïvement face tyran est un moment de grâce. Lors de la bataille finale, les corps tombent rythmiquement un à un jusqu’à ce que s’effondre le corps du roi, pris dans les sables mouvants du pouvoir.

5Perpétuant l’esprit de Shakespeare, cette partition à six mains, mise en notes, mise en mots, mise en scène, offre une réflexion on ne peut plus actuelle sur la qualité corrosive du pouvoir, le machiavélisme et la mégalomanie qu’il a pour corollaires.

6Pour visionner un extrait et voir d’autres photos :

7http://1112.geneveopera.com/home

Pour citer cet article

Dominique BIOT (2013). "Richard III". Shakespeare en devenir - Les Cahiers de La Licorne - Adaptation opératique d'une pièce de Shakespeare | L'Oeil du Spectateur | N°5 - Saison 2012-2013.

[En ligne] Publié en ligne le 13 mai 2013.

URL : http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=611

Consulté le 17/10/2017.

A propos des auteurs

Dominique BIOT

Dominique DROUET-BIOT est agrégée de Lettres Modernes, en poste dans l’enseignement secondaire. Elle a travaillé sur l’œuvre de Jude Stéfan, sur la référence littéraire dans l’œuvre de Gilles Deleuze avec une contribution à l’ouvrage Deleuze et les écrivains, littérature et philosophie (Éditions Cécile Defaut, 2007); elle a participé au colloque «Les écritures secrètes» (Université de Poitiers, septembre 2007) à l’occasion duquel elle a publié «La poésie d’Alain Jouffroy: élaboration rhétorique du secret?» (La Licorne, PUR, 2009); elle a écrit «Le monde à peu près de Jean Rouaud: de la faillite du fils à l’avènement de l’auteur» (à paraître, PUL, 2009). Elle prépare actuellement une thèse sur «Alain Jouffroy, fantôme du surréalisme» à l’Université Lumière Lyon II, sous la direction de Jean-Yves Debreuille, et est rattachée au laboratoire «Passage XX-XXI».

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Dernière mise à jour : 11 septembre 2017

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