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Edito

Publié en ligne le 18 décembre 2012

Par Pascale DROUET et Ladan Niayesh

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« Filiations »

Crédits Edouard Lekston

French version

Filiations et affiliations

1« Un jour, les frères chassés se sont réunis, ont tué et mangé le père, ce qui a mis fin à la horde primitive1. » Horde paternelle ou clan fraternel, l’hypothèse freudienne de l’origine de la morale humaine est un exemple extrême des attitudes paradoxales de rejet et d’attachement qui accompagnent la question de la filiation. En biologie, comme en droit ou en histoire littéraire, l’enjeu de la filiation nous invite à penser le rapport aux origines en termes de continuités et de ruptures superposées. Héritage légitime, subi ou revendiqué, l’appartenance à une lignée est ce qui permet de s’inscrire dans une histoire et d’investir une tradition, que ce soit pour s’en réclamer ou s’en démarquer, tant il est vrai qu’on n’est jamais différent ou nouveau si ce n’est par rapport à un existant.

2Le sujet de la filiation (héritée, généalogique, de structure arborescente) et de l’affiliation (acquise, pragmatique, de structure rhizomatique) nous invite à mettre en regard, dans un rapport dialectique, la perspective biologique et la force symbolique de notions telles que l’adoption et le rattachement, et donc à réfléchir aux modalités complexes de la transmission, des parents aux enfants, des légitimes aux illégitimes, des maîtres aux disciples, des originaux aux copies, des icônes aux iconoclastes, ou des textes aux transtextes pour reprendre la terminologie de Genette2. Ce numéro des Cahiers Shakespeare en devenir accueille particulièrement les contributions qui problématisent ces réseaux complexes et en dialogue.

3Une liste non-exhaustive de pistes de réflexion possibles peut inclure :

4– les représentations littéraires des liens familiaux et leur transgression, du modèle patriarcal et ses remises en question, des conflits de génération et des questions de succession, des rapports intergénérationnels (parents/enfants) et intra-générationnels (frères/sœurs), des rites d’intégration et de dissolution ;

5– les débats et les tensions autour des liens de sang et des liens contractés, des notions d’héritage et de pacte, du devenir-mercenaire du fils renié3 ;

6– la genèse, le développement, et la remise en question de courants et de familles littéraires ou artistiques, ainsi que les possibles fluctuations de leur mise en réseau ;

7– l’hybridation générique ou culturelle, les questions sémantiques et éthiques que peuvent poser l’appropriation – comme le souligne Marjorie Garber : « Shakespearean is now an all-purpose adjective, meaning great, tragic, or resonant: it’s applied to events, people, and emotions, whether or not they have any real relevance to Shakespeare4 » ;

8– les sources et les adaptations mythologiques et littéraires, les hommages, les critiques et les traductions.

English version

Filiations and affiliation

9“One day the expelled brothers united, killed and ate the father, and that was the end of the primitive horde.”5 From his model of the father’s horde to that of the brothers’ clan, Freud’s hypothesis on the origins of the human moral system is an extreme example of the paradoxical attitudes of rejection and attachment which characterize the issue of filiation. In biology, as much as in law or in literary history, the question of filiation invites us to view our relationship with origins in terms of superimposed processes of continuity and rupture. Belonging to a lineage – the result of a legitimate, unwanted or sought-after inheritance – is what gives us a place in history and tradition, and this is indispensable both for claiming or rejecting the latter, as we can indeed never be different or new if not in comparison to what has preceded us.

10The relationship of filiation (hereditary, genealogical and arborescent in its structure) to affiliation (acquired, pragmatic and rhizomatic in its structure) invites us to consider, in a dialectical manner, the biological perspective and the symbolic force of such notions as adoption and bonding, and thereby to reflect on the complex modalities of transmission, from parents to children, legitimates to illegitimates, masters to disciples, originals to copies, icons to iconolclasts, or texts to transtexts (to use Genette’s terminology6).Our forthcoming issue of the Cahiers Shakespeare en devenir welcomes contributions which engage with such complex and dialoguing networks.

11A possible list of directions to explore could include:

12– literary representations of family bonds and their transgression; the patriarchal model and challenges to it; conflicts between generations and questions related to inheritance; inter-generational relationships (between parents and children) and intra-generational relationships (between siblings); rites of integration and dissolution;

13– the debates and tensions related to blood ties and contracted ties, the notions of legacy and of bond, the ‘becoming mercenary’ of a rejected son;7

14– the genesis, development and questioning of literary and artistic trends and groupings, with possible variations and the formation of new networks over the course of time ;

15– generic or literary hybridy, semantic and ethical questions related to the notion of appropriation, as underlined by Marjorie Garber: “Shakespearean is now an all-purpose adjective, meaning great, tragic, or resonant: it’s applied to events, people, and emotions, whether or not they have any real relevance to Shakespeare.”8

16– sources, along with mythological and literary adaptations, tributes, critical reviews and translations.

Notes

1  Sigmund Freud, Totem et tabou : interprétation par la psychanalyse de la vie sociale des peuples primitifs, tr. S. Jankélevitch, Paris, Payot, 1951, p. 195.

2  Gérard Genette, Palimpsestes : la littérature au second degré, Paris, Seuil, 1982.

3  La notion de devenir est empruntée à Gilles Deleuze et Félix Guattari, Mille Plateaux. Capitalisme et schizophrénie, Paris, Éditions de Minuit, 1980.

4  Marjorie Garber, Shakespeare and Modern Culture, New York, Anchor Books, 2009, p. xvi.

5  Sigmund Freud, Totem and Taboo: Resemblances Between the Psychic Lives of Savages and Neurotics, Translated and edited by James Strachey, with a biographical introduction by Peter Gray, New York/London, Norton, 1962.

6  Gérard Genette, Palimpsests: Literature in the Second Degree, Translated by Channa Newman and Claude Doubinsky, University of Nebraska Press, 1997.

7  The notion of “becoming” comes from Gilles Deleuze and Félix Guattari, A Thousand Plateaus: Capitalism and Schizophrenia, Translation and Foreword by Brian Massumi, London/New York, Continuum, 2008.

8  Marjorie Garber, Shakespeare and Modern Culture, New York, Anchor Books, 2009, p. xvi.

Pour citer cet article

Pascale DROUET et Ladan Niayesh (2012). "Edito". Shakespeare en devenir - Les Cahiers de La Licorne - N°6 - 2012 | Shakespeare en devenir.

[En ligne] Publié en ligne le 18 décembre 2012.

URL : http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=584

Consulté le 15/12/2017.

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Dernière mise à jour : 30 novembre 2017

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