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Edito

Publié en ligne le 30 juillet 2010

Par Pascale Drouet

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« Shakespeare et le spectaculaire » interprété par Edouard Lekston.

Crédits : Edouard Lekston

Version française

1Il s’agira de s’interroger sur l’économie du spectaculaire dans les pièces de Shakespeare et de ses contemporains, et sur le fait que le spectaculaire apparaît souvent au sein d’une mise en abyme comme pour en démultiplier les reflets et les effets cathartiques. On pourra se pencher sur un spectaculaire codifié, comme le «pageant», lié à une mise en scène officielle du pouvoir qui se doit de forcer l’admiration et le respect, ou comme le masque de court où le spectacle époustouflant côtoie la surenchère, tout autant qu’un spectaculaire plus évanescent, plus irrationnel, celui des apparitions spectrales (Hamlet, Macbeth) et des mises en scène surnaturelles (The Tempest), destiné d’emblée à frapper de stupeur, sans oublier le théâtre de la cruauté (Titus Andronicus, King Lear), version fictive du supplice et de sa visibilité sur la place publique, et dont la dimension spectaculaire peut rapidement, sur scène, basculer dans le grand-guignolesque. On s’intéressera donc au rapport, explicite ou implicite, entre spectaculaire et idéologie, entre spectaculaire et pouvoir (en amont et en aval: qui tire les ficelles et pour obtenir quels résultats), entre un spectaculaire qui serait du pur divertissement et un spectaculaire qui serait l’affirmation inconditionnelle d’un pouvoir absolu – autrement dit, existe-t-il une économie politique du spectaculaire? le spectaculaire peut-il être l’expression médiatisée d’une instance totalitaire?

2Ces interrogations trouvent de nouveaux prolongements lorsqu’il s’agit de représenter, que ce soit à la scène ou à l’écran, le spectaculaire. Certes Shakespeare choisit (et il sera intéressant de se demander pourquoi) de rapporter, en recourant au discours épidéictique ou à l’ekphrasis, certaines scènes grandioses (la victoire de Coriolan, l’arrivée de la nef de Cléopâtre) ou si riches en émotions qu’elles en deviennent presque inexprimables (les retrouvailles de Léontes et de sa fille). Mais certains metteurs en scène et réalisateurs ne se sont-ils pas risqués à représenter ces moments d’intensité? dans quelle mesure y sont-ils parvenus? Plus généralement, comment le spectaculaire se met-il en scène? De quels moyens le théâtre et le septième art disposent-ils? Quels problèmes cela pose-t-il? Ce qui en impose à l’imagination ne risque-t-il pas de perdre en intensité en tentant de parler aux yeux? On pourra étudier comment, selon les siècles et les cultures, les metteurs en scène, puis les cinéastes, ont traité la question du spectaculaire, et comment ils s’y prennent de nos jours pour éveiller les émotions et provoquer les réactions de spectateurs vivant dans une société saturée d’effets spéciaux et d’images-chocs.

English version

3Is there an economy of the spectacular in Shakespeare’s plays–or those of his contemporaries? Is the spectacular always caught in a pattern of mise en abyme? How does it reverberate, cathartically or not, from the actor-spectator to the spectator? Several types of spectaculars could be considered. One spectacular, that of pageants for example, codified and controlled by official power and whose aim is to impose admiration and respect, or that of court masques presenting an amazingly costly show. A more evanescent spectacular flirting with the irrational and corresponding to ghostly apparitions (Hamlet, Macbeth) and supernatural phenomena (The Tempest) which is intended to leave spectators dumbfounded. Another type of spectacular falls within the scope of the theatre of cruelty (Titus Andronicus, King Lear) and can be regarded as a fictitious version of highly visible public tortures–running the risk of appearing over-gruesome on stage. So what may be given focus to is no doubt the articulation between the spectacular and ideology, between the spectacular and power (who pulls the strings and what for), between sheer entertainment and wonder and a show unquestionably designed to assert absolute power–to rephrase it, is there a political economy of the spectacular? Could the spectacular be the mediated expression of some absolutist force? What else could it be?

4Such questions are given further scope when the spectacular is to be performed on stage or adapted on screen. Many are the times when Shakespeare, resorting to epidictic discourse or ekphrasis, has characters reporting spectacular scenes (Coriolanus’s military feat for example, or the arrival of Cleopatra’s barge), sometimes so deeply emotional that they can hardly be reported (the reunion of Leontes and Perditafor instance). Some stage or film directors have nevertheless attempted to show those intense moments. To which point were they successful? More generally speaking, how can the spectacular be performed and with what technical means? Is the screen always more powerful than the stage? Isn’t there the risk of a loss in intensity when what strikes the imagination is explicitly put before our eyes? Performing the spectacular has evolved through ages and cultures, and the practice may closely follow technological improvements. But nowadays how do directors, both stage and film, manage to trigger the emotions and reactions of spectators living in a society saturated with special effects and shock pictures?

Bibliographie

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Pour citer cet article

Pascale Drouet (2010). "Edito". Shakespeare en devenir - Les Cahiers de La Licorne - Shakespeare en devenir | N°2 - 2008.

[En ligne] Publié en ligne le 30 juillet 2010.

URL : http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=132

Consulté le 26/06/2017.

A propos des auteurs

Pascale Drouet

Maître de conférences, Littérature anglaise, Université de Poitiers

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Dernière mise à jour : 31 janvier 2017

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